Google Drive, OneDrive, Dropbox, iCloud : lequel tient vraiment hors ligne (comparatif en vol)
Onze heures de vol sans connexion et deux jours en 3G suffisent à départager quatre services de synchronisation. Nous avons mesuré ce qui reste réellement en local, la gestion des conflits et le prix de la resynchronisation en data.

La fiche
- Durée du vol test
- 11 h 40, Paris vers Singapour, sans wifi de bord
- Dossier de référence
- 12,0 Go, 340 fichiers, 27 sous-dossiers
- Machines utilisées
- un portable Windows 11 et un portable macOS 15
- Seconde phase
- 48 heures en zone 3G plafonnée à 1,2 Mb/s
- Mesure de data
- compteur système plus routeur de test en partage 5G
- Période du test
- mai et juin 2026, applications à jour
Sur onze heures quarante de vol sans connexion, un seul des quatre services a rendu accessible la totalité du dossier de travail préparé la veille : Dropbox, avec 340 fichiers sur 340 ouverts sans erreur. Google Drive en a laissé 47 inaccessibles, OneDrive 12 et iCloud Drive 61. L'écart ne vient pas de la qualité du code mais d'un réglage que presque personne ne pense à vérifier avant de partir.
Comment nous avons testé, et pourquoi le vol ne suffit pas
Le protocole tient en deux phases. La première est un Paris-Singapour de onze heures quarante, wifi de bord volontairement non souscrit, deux portables identiquement chargés d'un dossier de 12,0 Go réparti en 340 fichiers et 27 sous-dossiers : présentations, tableurs lourds, une vidéo de 2,1 Go, des exports PDF et une centaine de photos de terrain. La veille du départ, chaque service a reçu la même consigne : rendre ce dossier disponible hors connexion, avec les réglages proposés par l'interface, sans bidouille.
La seconde phase est la plus révélatrice. Pendant 48 heures, les machines ont vécu sur une liaison bridée à 1,2 Mb/s, l'équivalent d'un hôtel saturé ou d'une zone rurale en 3G. C'est là que les services révèlent leur tempérament : certains attendent sagement, d'autres tentent des transferts qu'ils ne peuvent pas terminer et bloquent la file d'attente pendant des heures. Le retour en 5G, enfin, a permis de mesurer au routeur ce que chacun consomme réellement pour se remettre à jour.
Ce que chaque service garde réellement en local
La promesse affichée est la même partout : cochez une case, le dossier est disponible hors ligne. La réalité est plus nuancée. Dropbox applique la consigne à la lettre et matérialise chaque fichier sur le disque, quitte à occuper beaucoup de place. Sur notre dossier de 12 Go, l'empreinte disque mesurée atteignait 21,6 Go une fois le cache de versions inclus, soit 1,8 fois la taille annoncée.
OneDrive s'en sort bien à condition d'utiliser l'option « toujours conserver sur cet appareil », accessible par clic droit et pas par les préférences générales. Douze fichiers ont malgré tout échoué, tous situés dans un sous-dossier partagé par un tiers : les éléments partagés suivent une logique de synchronisation distincte, et l'option de conservation ne s'y propage pas automatiquement.
Google Drive pose un problème d'une autre nature. Son application de bureau distingue deux modes, le streaming et la copie miroir, et seul le second garantit une présence locale. Pire, les documents natifs de l'écosystème ne sont pas des fichiers au sens classique : ce sont des pointeurs de quelques kilo-octets dont le contenu vit dans le navigateur. Sur nos 47 échecs, 31 relevaient exactement de ce cas.
iCloud Drive arrive dernier pour une raison assumée par son éditeur : l'optimisation du stockage. Dès que l'espace libre passe sous un seuil interne, le système évince les fichiers les moins récemment ouverts, sans notification. Notre machine de test disposait de 40 Go libres, ce qui a suffi à déclencher l'éviction de 61 éléments en quinze jours, dont la vidéo de 2,1 Go préparée précisément pour le vol.
Un fichier disponible hors ligne n'est pas un état acquis : c'est un privilège que le système peut retirer à tout moment pour récupérer de l'espace.

Le tableau de bord du vol
| Service | Fichiers accessibles en vol | Empreinte disque | Éviction automatique | Documents natifs hors ligne |
|---|---|---|---|---|
| Dropbox | 340 sur 340 | 21,6 Go | Non | Sans objet |
| OneDrive | 328 sur 340 | 13,9 Go | Optionnelle | Oui, via cache Office |
| Google Drive | 293 sur 340 | 12,4 Go | Oui, après 30 jours | Partiel, extension requise |
| iCloud Drive | 279 sur 340 | 11,8 Go | Oui, sur seuil d'espace | Oui, pour les apps maison |
Le classement mérite une nuance : OneDrive n'est qu'à quatre points de Dropbox et coûte deux fois moins cher dans l'offre familiale. Son échec porte uniquement sur des dossiers partagés, un cas fréquent en entreprise mais que l'on peut anticiper en dupliquant les éléments critiques dans son propre espace la veille du départ.
Les conflits au retour du réseau, quatre philosophies
Nous avons volontairement provoqué onze conflits : le même tableur modifié sur le portable en cabine et sur une seconde machine restée connectée au sol. Dropbox et OneDrive s'en sortent de la même manière, en créant une copie horodatée qui mentionne le nom de la machine. Rien n'est perdu, l'arbitrage prend une trentaine de secondes par fichier.
Google Drive procède différemment sur ses documents natifs, où l'historique de révision fusionne les modifications ligne par ligne. C'est élégant quand cela fonctionne, déroutant quand deux versions divergent structurellement : dans un cas, un tableau de suivi a récupéré des colonnes des deux origines, produisant un document syntaxiquement valide mais faux.
iCloud Drive est le seul à nous avoir inquiétés. Sur onze conflits, neuf ont bien généré une copie visible. Les deux autres ont abouti à une résolution silencieuse en faveur de la version la plus récente, sans trace dans l'interface ni dans le journal. Une heure de travail en cabine peut ainsi disparaître au moment où la connexion revient, sans le moindre avertissement.

Resynchroniser 12 Go, le coût réel en temps et en data
Le retour en 5G est le moment de vérité. Nous avons chronométré la remise à niveau complète et mesuré au routeur la consommation associée, sur un dossier dont 3,4 Go avaient été modifiés pendant le déplacement.
| Service | Temps de resynchronisation | Data consommée | Reprise après coupure | Débit moyen observé |
|---|---|---|---|---|
| Dropbox | 6 min 40 | 12,4 Go | Immédiate | 31 Mo/s |
| OneDrive | 8 min 10 | 13,1 Go | Immédiate | 27 Mo/s |
| Google Drive | 11 min 25 | 17,2 Go | Après 45 s | 19 Mo/s |
| iCloud Drive | 14 min 50 | 19,8 Go | Après 2 min | 15 Mo/s |
L'écart de data s'explique par la granularité du transfert. Dropbox et OneDrive découpent les gros fichiers en blocs et n'envoient que ceux qui ont changé, ce qui est décisif sur une vidéo de 2,1 Go dont seul le générique a été retouché. Les deux autres réécrivent le fichier complet. En itinérance hors Union européenne, à 10 euros le gigaoctet, les 7,4 Go d'écart entre Dropbox et iCloud Drive représentent 74 euros pour une seule séance de rattrapage.
Ce que coûte le stockage à l'année
Le prix ne départage pas les services autant qu'on l'imagine, mais il pèse sur la décision quand on doit équiper une équipe. Pour 2 To, comptant en tarif annuel public constaté en juin 2026 : Google One demande 99,99 euros, Microsoft 365 Personnel 69 euros avec la suite bureautique incluse, Dropbox Plus 119,88 euros et iCloud+ 2 To 107,88 euros. L'écart maximal atteint 84 euros par an et par personne entre le moins cher et le plus cher, soit 420 euros sur cinq postes.
Cette lecture change si l'on tient compte de la suite bureautique. Microsoft 365 Personnel inclut les applications de bureau, ce qui rend son rapport prestation-prix difficile à battre pour un cadre qui vit dans Word et Excel. Dropbox, à l'inverse, ne vend que du stockage et de la fiabilité, et il faut vraiment valoriser la seconde pour accepter la facture.

La configuration à faire la veille du départ
Une demi-heure suffit, à condition de suivre un ordre précis. Sur Dropbox, activez la synchronisation sélective sur les dossiers utiles, vérifiez que l'icône affiche un disque plein et non un nuage, puis laissez la machine branchée jusqu'à la fin du transfert. Sur OneDrive, faites un clic droit sur chaque dossier et choisissez la conservation permanente, en n'oubliant pas les dossiers partagés par des collègues, qui nécessitent l'opération séparément.
Sur Google Drive, basculez explicitement du streaming vers la copie miroir pour les dossiers concernés, puis ouvrez chaque document natif dans le navigateur une fois, hors connexion active, pour forcer la mise en cache. C'est fastidieux et c'est le prix du format. Sur iCloud Drive, désactivez l'optimisation du stockage dans les réglages, libérez au moins le double de la taille du dossier sur le disque, et rouvrez la veille les fichiers les plus anciens pour réinitialiser leur horloge d'éviction.
Dernier réflexe, valable pour les quatre : coupez le wifi une heure avant de fermer la machine et parcourez le dossier. Un fichier qui refuse de s'ouvrir à ce moment là refusera aussi à 10 000 mètres.
Ce que nous ferions
Pour un déplacement long avec un dossier lourd, Dropbox reste le choix rationnel malgré son tarif : c'est le seul qui n'a rien perdu, rien évincé et rien fusionné à notre insu, pour 12,4 Go de data au retour. Pour un usage bureautique classique et un budget contraint, OneDrive fait presque aussi bien à 69 euros par an, à condition de traiter les dossiers partagés comme un cas à part et de les dupliquer avant le départ.
Google Drive convient à qui travaille exclusivement dans les documents natifs et accepte de préparer son cache navigateur, ce qui reste une manipulation d'initié. iCloud Drive, enfin, ne devrait pas porter seul un dossier de mission : son éviction automatique et ses deux résolutions de conflit silencieuses sur onze suffisent à en faire un stockage d'appoint plutôt qu'un outil de travail nomade.
Note
4,2/5
Google Drive, OneDrive, Dropbox, iCloud : lequel tient vraiment hors ligne (comparatif en vol) : note de 4,2 sur 5.Le verdict
Dropbox reste le seul des quatre à tenir sa promesse hors ligne sans réglage exotique, au prix d'un abonnement plus cher et d'un cache local vorace.
On a aimé
- Synchronisation sélective explicite, sans reprise automatique du mode à la demande
- Gestion des conflits lisible : les deux versions sont conservées et nommées clairement
- Transfert différentiel réel, 12,4 Go consommés pour 12 Go de modifications
- Journal des versions consultable hors ligne sur les trente derniers jours
On a moins aimé
- Tarif 2 To le plus élevé du comparatif, 119,88 euros par an
- Le cache local peut occuper 1,8 fois la taille du dossier synchronisé
- Aucune application de bureau vraiment légère, 640 Mo de mémoire vive observés en pointe
FAQ
Questions fréquentes
Le mode hors ligne de Google Drive fonctionne-t-il pour tous les fichiers ?
Non, et c'est la principale source de mauvaise surprise. L'accès hors connexion se coche dossier par dossier dans l'application de bureau, mais les fichiers natifs Docs, Sheets et Slides dépendent en plus d'une extension navigateur et d'un cache séparé. Sur nos 340 fichiers, 47 sont restés inaccessibles en vol, dont 31 documents natifs pourtant marqués comme disponibles.
Faut-il désactiver les fichiers à la demande avant un voyage ?
Oui, pour les dossiers dont vous aurez besoin. Sur OneDrive comme sur iCloud Drive, l'option de libération automatique d'espace peut réévincer un fichier après quelques jours sans ouverture, même s'il avait été téléchargé. Nous avons vu 61 fichiers iCloud repasser en état distant en moins de quinze jours sur une machine à 40 Go d'espace libre.
Combien de données mobiles coûte une resynchronisation de 12 Go ?
Entre 12,4 et 19,8 Go selon le service dans notre mesure. Dropbox et OneDrive envoient des blocs différentiels sur les gros fichiers, Google Drive et iCloud Drive réécrivent souvent le fichier entier dès qu'un octet change. Sur un forfait itinérance à 10 euros le gigaoctet hors Union européenne, l'écart représente 74 euros pour une seule journée de rattrapage.
Que se passe-t-il si je modifie le même fichier sur deux appareils hors ligne ?
Les quatre services créent une copie de conflit, mais avec des conventions très différentes. Dropbox et OneDrive nomment explicitement la copie avec le nom de la machine et la date, ce qui permet de trancher en quelques secondes. iCloud Drive, lui, a silencieusement conservé la version la plus récente dans deux cas sur onze, sans copie visible.
Un service gratuit suffit-il pour travailler hors ligne ?
Rarement au delà de 15 Go, seuil du palier gratuit le plus généreux du comparatif. Un dossier de mission moyen dans nos relevés pèse 8 à 14 Go une fois les photos de terrain et les exports intégrés, ce qui sature le gratuit dès le deuxième déplacement. Comptez 35,88 euros par an pour le premier palier payant utilisable, contre 119,88 euros pour le plus cher.
Écrit par
Yacine Bouri
Fondateur & rédacteur en chef
Cadre en poste, une centaine de vols par an et une obsession pour les chiffres vérifiables. J'ai lancé BleuCarnet parce que les tests que je cherchais, wifi mesuré, coût réel, temps gagné, n'existaient nulle part en français.
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