Mailsuite dans Gmail : le double check et ce que la CNIL en dit
Deux coches vertes dans Gmail, et vous savez que votre message a été ouvert. Ce que Mailsuite ne met pas en avant : un pixel invisible chez le destinataire, une signature publicitaire ajoutée à vos envois sur le plan gratuit, et une recommandation de la CNIL applicable depuis juillet 2026.

La fiche
- Éditeur
- Mailsuite, S.L., également connue sous le nom de Mailtrack, fondée en 2013
- Plateformes
- Extension Chrome, applications Android et iPhone, module pour Gmail et pour Outlook
- Tarifs
- Gratuit, Mailtrack 2,99 $ par utilisateur et par mois, Mailsuite 5,99 $ ; 23,88 et 47,88 $ en annuel
- Plan gratuit
- Suivi illimité mais première ouverture seulement, signature publicitaire imposée, 100 e-mails, 5 documents
- Cadre applicable en France
- Recommandation CNIL du 12 mars 2026 sur les pixels de suivi, publiée le 14 avril, fin de la période transitoire le 14 juillet 2026
- Ce que nous n'avons pas fait
- Aucune installation, aucun envoi de test : l'article compare ce qui est publié et rappelle le cadre
Deux coches vertes à côté d'un message envoyé, et l'on sait qu'il a été ouvert. C'est la promesse de Mailtrack depuis 2013, devenu Mailsuite, et c'est ce qui en a fait l'une des extensions les plus installées de l'écosystème Gmail.
Trois choses méritent d'être dites avant d'appuyer sur « installer », et aucune ne figure en haut de la page produit.
Précision d'usage : nous n'avons pas installé l'extension ni envoyé de messages de test. Cet article compare ce que l'éditeur publie et rappelle le cadre applicable en France.
Ce que c'est, et depuis quand
Mailsuite, S.L. édite Mailtrack depuis 2013. La société utilise les deux noms : Mailtrack pour le suivi d'e-mails, Mailsuite pour la suite complète.
L'outil existe en extension Chrome, en applications Android et iPhone, en module pour l'application Gmail et en module pour Outlook. C'est un point à noter : le suivi ne s'arrête pas au navigateur du bureau.

Le mécanisme : une image invisible
Le suivi ne relève d'aucune magie. Une image d'un pixel, invisible, est insérée dans le message. Quand le destinataire l'ouvre, son logiciel télécharge cette image depuis un serveur, et ce téléchargement fait office de signal d'ouverture.
Deux conséquences en découlent, et elles sont importantes pour qui prend ces indicateurs au sérieux.
Si le destinataire bloque le chargement automatique des images, ce que font par défaut plusieurs messageries et de nombreux clients d'entreprise, l'outil ne voit rien du tout. Votre message a été lu, votre tableau de bord dit le contraire.
Si à l'inverse son service précharge les images côté serveur, l'outil enregistre une ouverture qui n'a peut-être jamais eu lieu. Votre tableau de bord dit lu, personne n'a lu.
Un suivi d'ouverture est donc un indicateur, pas une preuve. C'est vrai de Mailsuite comme de tous ses concurrents, et aucun d'eux ne l'écrit en gros.

Les trois paliers
| Gratuit | Mailtrack | Mailsuite | |
|---|---|---|---|
| Par mois et par utilisateur | 0 $ | 2,99 $ | 5,99 $ |
| Tarif annuel | sans objet | 23,88 $ | 47,88 $ |
| Historique de suivi | première ouverture | 7 jours | complet |
| Signature publicitaire | imposée | retirée | retirée |
| Limite d'envoi | 100 e-mails | 100 e-mails | 60 000 par mois |
| Documents suivis | 5 | 5 | illimités |
Les tarifs sont affichés en dollars américains, y compris sur la version française du site. Aucun prix en euros n'apparaît sur la page de tarification.

Le prix réel du plan gratuit
C'est la ligne qu'il faut lire avant toutes les autres : sur le plan gratuit, une signature publicitaire est ajoutée à chacun de vos envois. Sa suppression est listée comme une fonctionnalité des plans payants.
Autrement dit, la gratuité se paie en visibilité, sur vos messages, devant vos interlocuteurs. Pour un usage personnel, c'est anodin. Pour une relance commerciale ou un échange avec un client, cela revient à faire de la publicité pour un tiers dans une correspondance professionnelle, et c'est une décision que l'on prend en connaissance de cause.
Le gratuit ne montre par ailleurs que la première ouverture, ce qui retire précisément l'information la plus utile : la relecture, le retour sur un message, le signe que le sujet circule en interne.

Ce que le palier haut ajoute vraiment
Le passage à 5,99 dollars ne sert pas à mieux suivre, il sert à faire autre chose.
Soixante mille e-mails par mois, un publipostage personnalisé à partir d'une feuille Google Sheets, la programmation de campagnes, la détection des rebonds, des liens de désinscription personnalisés, un carnet de contacts auto-organisé et un domaine personnalisé pour les liens suivis.
Ce n'est plus une extension de suivi, c'est un outil d'envoi en nombre logé dans Gmail. Le glissement compte, parce qu'il fait basculer l'usage du côté de la prospection, c'est-à-dire précisément du côté que la réglementation regarde de près.

Le suivi de documents, la partie la moins commentée
C'est probablement la fonction la plus intéressante de la suite, et la moins mise en avant.
Un PDF envoyé peut être suivi page par page : combien de pages ont été consultées, combien de temps a été passé sur chacune, si le document a été téléchargé. S'y ajoutent un contrôle d'accès, une date d'expiration, un filigrane de confidentialité et une signature électronique.
Pour une proposition commerciale, savoir qu'un destinataire s'est arrêté six minutes sur la page des tarifs est une information d'une autre nature qu'un accusé d'ouverture. C'est aussi une information que votre interlocuteur ignore vous donner.

Ce que la CNIL a changé en 2026
C'est le point que ni la page produit ni les comparatifs anglophones ne mentionnent, et il concerne directement les utilisateurs français.
La CNIL a adopté le 12 mars 2026 une recommandation relative aux pixels de suivi dans les courriers électroniques, publiée le 14 avril. Elle y traite ces pixels comme des traceurs relevant de l'article 82 de la loi Informatique et Libertés, au même titre que les cookies : charger un pixel accède à l'équipement du destinataire, donc le consentement préalable est requis.
Les finalités de personnalisation, de mesure d'audience et d'analyse entrent dans le champ du consentement. La mesure de délivrabilité d'un message transactionnel, comme une confirmation de commande ou une alerte de sécurité, en est exemptée.
Une période transitoire de trois mois a couru pour les adresses déjà collectées. Elle s'est achevée le 14 juillet 2026.
Concrètement, pour une entreprise française qui suit l'ouverture de ses e-mails de prospection, la question n'est plus de savoir si l'outil est pratique mais si le consentement a été recueilli, et si l'on peut le prouver. Ce paragraphe n'est pas un avis juridique : la qualification de l'usage revient au responsable de traitement, et c'est une conversation à avoir avec son délégué à la protection des données avant le déploiement, pas après.

Un écart de chiffres à signaler
La page d'accueil annonce plus de trois millions d'utilisateurs. La description du même site destinée aux moteurs de recherche en annonce plus de quatorze millions.
Les deux coexistent sur le même domaine, aucun n'est défini, et rien ne dit s'il s'agit d'installations cumulées depuis 2013 ou de comptes actifs. Ce n'est pas une accusation, c'est une invitation à ne pas traiter ces nombres comme des données.

Ce que nous ferions
Pour un usage individuel et occasionnel, savoir qu'une candidature ou un devis a été ouvert a une vraie valeur, et le plan à 23,88 dollars par an évite la signature publicitaire imposée sur ses propres messages. C'est le seul palier que nous retiendrions pour cet usage.
Pour de l'envoi en nombre depuis Gmail, l'outil fait le travail, mais la question à trancher d'abord est réglementaire, pas fonctionnelle.
Et dans tous les cas, gardez en tête ce que mesure un double check : une image chargée, pas une lecture. Fonder une relance sur cette base est raisonnable. En tirer une conclusion sur l'intérêt d'un interlocuteur l'est beaucoup moins.
FAQ
Questions fréquentes
Combien coûte Mailsuite ?
Trois paliers. Le gratuit suit un nombre illimité d'e-mails mais ne montre que la première ouverture et ajoute une signature publicitaire à vos messages. Le plan Mailtrack est affiché à 2,99 dollars par utilisateur et par mois, ramené à 1,99 en engagement annuel, soit 23,88 dollars par an. Le plan Mailsuite passe à 5,99 dollars mensuels, 3,99 en annuel, soit 47,88 dollars par an. Les tarifs sont affichés en dollars, y compris sur le site français.
Comment le suivi fonctionne-t-il techniquement ?
Par une image invisible insérée dans le message. Quand le destinataire ouvre l'e-mail, son logiciel télécharge cette image depuis un serveur, ce qui signale l'ouverture. La conséquence est double. Si le destinataire bloque les images, l'outil ne voit rien alors que le message a été lu. Si son service précharge les images, l'outil voit une ouverture qui n'a peut-être jamais eu lieu.
Le suivi d'ouverture est-il légal en France ?
Il est encadré. La CNIL a adopté le 12 mars 2026 une recommandation sur les pixels de suivi dans les courriers électroniques, publiée au Journal officiel le 14 avril, avec une période transitoire qui s'est achevée le 14 juillet 2026. Ces pixels y sont traités comme des traceurs relevant de l'article 82 de la loi Informatique et Libertés : le consentement préalable du destinataire est requis pour les finalités de personnalisation, de mesure d'audience et d'analyse. La mesure de délivrabilité d'un message transactionnel est exemptée. Cet article n'est pas un avis juridique : c'est au responsable de traitement de qualifier son usage.
Que change le plan gratuit par rapport aux payants ?
Outre la signature publicitaire ajoutée à vos envois, le gratuit ne montre que la première ouverture, plafonne à 100 e-mails, 5 documents partagés et 10 messages avec suivi des clics, et se limite à un rapport quotidien. Le palier Mailtrack retire la signature et ouvre sept jours d'historique. Le palier Mailsuite donne l'historique complet, les documents illimités et 60 000 e-mails par mois.
Combien d'utilisateurs Mailsuite revendique-t-il ?
Cela dépend de l'endroit où l'on regarde, et l'écart mérite d'être signalé. La page d'accueil annonce plus de 3 millions d'utilisateurs. La description du site destinée aux moteurs de recherche, elle, avance plus de 14 millions. Les deux chiffres coexistent sur le même domaine sans être définis, et aucun ne précise s'il s'agit d'installations cumulées ou de comptes actifs.
Captures : Mailsuite.
Écrit par
Yacine Bouri
Fondateur & rédacteur en chef
Cadre en poste, une centaine de vols par an et une obsession pour les chiffres vérifiables. J'ai lancé BleuCarnet parce que les tests que je cherchais, wifi mesuré, coût réel, temps gagné, n'existaient nulle part en français.
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